Ordinateurs quantiques : nombre d’entreprises équipées et enjeux

Moins de 1 % des entreprises mondiales utilisaient un ordinateur quantique en 2023, que ce soit sur site ou à distance via le cloud. Pourtant, le rythme des dépôts de brevets dans ce domaine a doublé en cinq ans, principalement dans la finance, la chimie et la logistique.

IBM et Google ne font plus cavalier seul : une centaine de startups se sont lancées, essayant chacune de conquérir leur place sur un marché encore incertain. Les infrastructures restent rares, la bataille pour la suprématie quantique bat son plein, entre laboratoires publics et géants privés.

Ordinateurs quantiques : où en est réellement l’adoption par les entreprises ?

L’avancée vers l’informatique quantique, pour la plupart des entreprises industrielles, ressemble d’abord à un vaste terrain d’essai. Les études ne laissent guère de doute : seules quelques sociétés, souvent parmi les plus innovantes, se dotent d’un ordinateur quantique ou testent des solutions cloud spécialisées. L’idée d’accéder à une puissance de calcul inégalée séduit, mais dans les faits, la technologie reste cantonnée à des prototypes, loin de la production de masse.

Les pionniers s’investissent dans la recherche, explorant ce que les qubits pourraient changer dans la résolution de problèmes complexes. Optimisation des chaînes logistiques, simulation de réactions chimiques inédites, modélisation financière de pointe : ces usages concentrent l’essentiel des espoirs. La plupart des sociétés, elles, se limitent pour l’instant à des projets pilotes, parfois en collaboration avec des laboratoires ou en s’appuyant sur des plateformes cloud accessibles à distance.

Voici quelques facteurs qui expliquent cette dynamique prudente :

  • Banques, laboratoires pharmaceutiques et industriels cherchent à prendre l’avantage, mais attendent encore des solutions vraiment opérationnelles.
  • Le coût élevé de la R&D réserve les technologies quantiques aux grands groupes ou institutions.
  • Les professionnels formés à la programmation quantique se font rares, ce qui limite l’ampleur des projets menés.

Sur la question du passage à grande échelle, les avis divergent. Certains voient là une transformation stratégique majeure pour les organisations ; d’autres soulignent que les limites techniques, comme la stabilité des qubits, freinent encore tout déploiement massif. En clair, le secteur vit une période d’apprentissage, chaque avancée étant scrutée, chaque annonce décryptée.

Panorama des acteurs majeurs et des startups qui façonnent le secteur

En matière d’informatique quantique, quelques poids lourds mènent la danse. IBM, Google et Microsoft investissent massivement, alignant des équipes spécialisées pour développer des circuits supraconducteurs capables de manipuler des dizaines de qubits. IBM, par exemple, multiplie les démonstrations publiques, révèle régulièrement de nouveaux prototypes et permet un accès élargi à ses machines via le cloud.

En parallèle, des startups s’invitent dans le paysage. Alice & Bob, jeune pousse française portée par Theau Peronnin, mise sur le qubit chat errant pour s’attaquer à la correction d’erreurs, enjeu clé pour fiabiliser les machines. En France, le soutien du CNRS et du CEA favorise les synergies entre laboratoire et industrie, accélérant le développement de l’informatique quantique.

Quelques exemples illustrent bien cette effervescence :

  • Google a fait sensation avec Sycamore, son processeur quantique, qui a montré sa capacité à surpasser certains calculateurs traditionnels sur des tâches précises.
  • Microsoft rassemble une communauté internationale de chercheurs autour de l’approche topologique.
  • Alice & Bob, appuyée par des fonds européens, vise la conception d’un ordinateur quantique qui tolère les erreurs.

Les chemins techniques divergent : qubits supraconducteurs, ions piégés… Tous cherchent à passer du prototype à l’outil industriel, sous la surveillance des agences nationales et des initiatives européennes. Les alliances se forment et la compétition s’intensifie, entre innovation technologique et enjeux de souveraineté.

Quels enjeux stratégiques et opportunités pour les organisations aujourd’hui ?

La puissance de calcul offerte par les ordinateurs quantiques bouleverse déjà la recherche opérationnelle et l’optimisation. Dans la finance, par exemple, la gestion de portefeuilles et la modélisation des risques, jusqu’ici contraintes par les limites des machines classiques, pourraient bientôt s’appuyer sur de nouveaux outils. Les entreprises qui investissent dès maintenant dans la technologie quantique se positionnent pour exploiter des problématiques complexes autrement inaccessibles.

Dans le secteur pharmaceutique et la chimie, simuler de nouvelles molécules sur ordinateur quantique promet d’accélérer la découverte de traitements. Les industries aéronautiques, énergétiques ou logistiques voient dans le calcul quantique la clé pour résoudre des scénarios d’optimisation jusque-là inexploitables.

Voici les principaux enjeux identifiés par les organisations en pointe :

  • Avantage compétitif : explorer des combinaisons et des solutions que l’informatique conventionnelle ne permet pas, et accélérer la prise de décision stratégique.
  • Protection des données : la cryptographie post-quantique devient un sujet de souveraineté, car la puissance des machines de demain pourrait rendre obsolètes certains protocoles de sécurité.
  • Recherche et développement : les investissements massifs témoignent de l’ambition de se placer en tête dès que la technologie deviendra mature.

Cette transformation s’amorce par étapes : partenariats, expérimentations en laboratoire, formation de profils capables de lier programmation quantique et compréhension métier. L’objectif : transformer cette anticipation en gains tangibles.

Groupe de dirigeants discutant autour d

Cap sur l’avenir : perspectives d’évolution et défis à relever pour l’informatique quantique

Les perspectives offertes par l’informatique quantique mêlent avancées scientifiques et grands paris industriels. La compétition monte d’un cran, stimulée par des investissements massifs, à l’image du Quantum Initiative Act aux États-Unis ou du programme européen Quantum Flagship. Les budgets se chiffrent en milliards, avec pour but d’accélérer la recherche, la conception et l’industrialisation des architectures à qubits.

Cependant, la maturité industrielle n’est pas encore au rendez-vous. Les laboratoires, qu’ils soient publics ou privés, affrontent des défis majeurs : rendre les qubits plus stables, corriger les erreurs et faire monter les machines en puissance. La fiabilité, la miniaturisation et la réduction de la consommation énergétique dessinent la feuille de route des prochaines années.

  • Développement des logiciels adaptés : il s’agit de concevoir des outils capables de tirer parti des particularités du calcul quantique tout en restant compatibles avec les systèmes existants.
  • Formation des talents : le secteur cherche à attirer et former des experts capables de traduire des besoins métiers en algorithmes quantiques performants.
  • Souveraineté technologique : garantir une maîtrise complète, de la recherche à la fabrication des processeurs, face à la concurrence internationale.

L’Europe avance à son rythme, portée par des consortiums académiques et industriels. En France, le CEA et le CNRS investissent dans des programmes ambitieux. Les startups, portées par l’exemple d’Alice & Bob, cherchent à s’imposer sur le marché mondial, tandis que l’émergence des ordinateurs quantiques soulève déjà des questions de normalisation, d’interopérabilité et de répartition équitable de la puissance de calcul.

Le compte à rebours est lancé : ceux qui sauront tirer parti de la révolution quantique façonneront le visage de l’industrie de demain, pendant que d’autres observeront, fascinés, la frontière entre science et stratégie se déplacer à toute allure.